L'Image augmentée

 

L’œuvre d’Arthur Grosbois interpelle et frappe le regard tout de suite. Les cadrages serrés et les compositions fixent le spectateur dans l’instantané, dans un instant figé. Puis la machine interprétative se met en route, l’esprit du spectateur tâtonne, telle peinture rappelle une image déjà vue, telle autre contient les éléments d’un motif pictural classique mais avec une  saveur anachronique, ou bien tout simplement cette dernière intrigue.

L’esprit feuillette. Il feuillette sa mémoire, interroge cette accumulation de détails du réel qui se tissent en permanence pour y trouver les fils dont la peinture qu’il observe est faite. Ces fragments, dont on se demande pourquoi l’artiste les a choisis, finissent par faire sens en ce qu’ils interrogent notre « machine cognitive » : pourquoi ce bout de souvenir anodin,cette image secondaire, peut-être inutile, sont-ils présents dans mon cerveau et me reviennent plutôt que tels autres ? En cela les détails sélectionnés par Arthur Grosbois appellent ce que Roland Barthes nomme le punctum, cet objet partiel qui déclenche un sentiment d’étrangeté et de désir au-delà de ce que l’image donne à voir. L’esprit fini par se dé-focaliser de ce fragment de réel autour duquel la composition du tableau s’articule, l’élément réaliste ne devient qu’une forme parmi les autres du tableau. Le détail photographique devenu figure picturale devient motif tant il est réinterprété et malmené par la peinture. L’instant de la photographie laisse place à la superposition des moments de la peinture. Ces différentes tentatives s’accumulent sur la toile, comme en témoignent les nombreuses couches de peinture, pour former une nouvelle image, une nouvelle réalité réinterprétée et augmentée par l’artiste.

 

 

« Ma démarche consiste à repérer des photos dans lesquelles je sens un potentiel et à confronter les spéculations de mon imagination à l’examen du dessin, à l’épreuve de la matière, pour voir apparaître une nouvelle image. »

 

 

 Arthur Grosbois est né à Paris  (1993). Il vient de finir ses études à l’Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris.
 

Sensibilisé dès le plus jeune âge aux maîtres de la peinture et du dessin grâce à un grand-père architecte passionné d’art, Arthur a depuis lors été obsédé par l’envie de capturer et de s’approprier l’énergie et la beauté ressenties face aux chefs-d’œuvre comme le St Georges et le dragon de Carpaccio, qu’il essaya avec obstination de reproduire lors d’un voyage à Venise à l’âge de 5 ans. C’est le désir de re-convoquer l’énergie et les émotions senties face à une œuvre qui le touche autant que le challenge que propose la représentation des figures qui conduisent le travail d’Arthur Grosbois. Lorsqu’il rejoint les Beaux Arts de Paris, son intérêt pour la représentation des formes et les innovations qu’elle suscite s’est accru enrichi théoriquement grâce aux cours magistraux qui y sont dispensés.

 Chaque peinture s’accompagne d’un processus, dans lequel l’artiste s’emploie à « digérer » des photos glanées lors de longues séances de recherche. Des détails clés de ces images sont sélectionnés,  puis l’artiste dessine, prend en photo, recouvre de peinture, tâtonne avec urgence et lâcher-prise, jusqu’à ce que l’image lui appartienne. Cette nouvelle réalité picturale, conçue à partir du détail photographique, utilise dans son processus toutes sortes d’outils, du crayon aux écrans du smartphone ou de l’ordinateur, tous mis au service de la peinture.

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